Claude Guéant et l’immigration comorienne en France

mardi 20 septembre 2011

« Il y a à Marseille une immigration comorienne importante qui est la cause de beaucoup de violences. Je ne peux pas la quantifier »
Marseille, 11 septembre 2011

« On a un problème récent de violences de personnes comoriennes, pas de Français d’origine comorienne, j’ai répété ce qu’on m’avait dit, mais si cela a pu blesser des Français d’origine comorienne et des Comoriens tout court, je le regrette »
Paris, 14 septembre


Après les Roumains, les Comoriens : quand Claude Guéant sombre dans la xénophobie

Blog de Laurent Mucchielli, sociologue - 13 septembre 2011 sur le site www.lemonde.fr

La nouvelle « petite phrase » a été lâchée dimanche soir dernier par le ministre de l’Intérieur et elle a beaucoup choqué localement (voir par exemple les articles de La Provence ici et ici).

Invité de l’émission « Le grand jury RTL -LCI-Le Figaro » et interrogé un moment sur la situation dans la deuxième ville de France, Claude Guéant a déclaré : « Il y a à Marseille une immigration comorienne importante qui est la cause de beaucoup de violences. Je ne peux pas la quantifier ». Le ministre n’a donc aucun élément précis, il n’a que des « on dit », mais cela lui suffit pour stigmatiser une partie importante de la population marseillaise. L’enjeu n’est donc pas d’analyser la délinquance. Il est probablement seulement politicien : au moment précis où le Front National tenait son université d’été à Nice, il s’agit sans doute (une fois de plus) de chasser sur ses terres en vu de l’élection présidentielle de 2012.

Après les Roumains, les Comoriens, et après eux à qui le tour ?

Depuis le désormais célèbre discours de Grenoble en juillet 2010, l’habitude avait été prise par l’entourage de Nicolas Sarkozy de s’en prendre aux Roumains. A en croire Brice Hortefeux puis Claude Guéant, le principal problème serait là. Or leurs propos et les statistiques qu’ils ont répandu dans le débat public sont tout sauf objectifs, certains chiffres avancés sont d’autant plus douteux qu’ils sont totalement invérifiables. Là, le ministre pouvait dire « je peux le quantifier mais hélas je ne peux pas vous expliquer comment »... Cette fois-ci l’on va encore plus loin : « je ne peux pas le quantifier mais je vous l’assure quand même ». Il pense sans doute que cela suffira pour un électorat qui dira toujours que c’est vrai et qu’il en a la preuve avec ce qui se passe justement en ce moment en bas de son immeuble. Alors quoi, tandis que les délinquants parisiens seraient souvent roumains, ceux de Marseille seraient massivement comoriens ?

Non, bien sûr. Certes, il y a des personnes impliquées dans la délinquance et dans des actes violents chez les citoyens marseillais comoriens ou d’origine comorienne, dont la plupart habitent les quartiers très pauvres du nord de la ville. Mais il y a d’abord et principalement des dizaines de milliers d’entre eux qui vivent en respectant les lois, qu’ils soient ouvriers, employés, commerçants, chefs d’entreprise, enseignants, artistes, sportifs, etc. En réalité, Marseille, ville cosmopolite depuis toujours, est forte d’une immigration comorienne importante, elle est même la « première ville comorienne », comme on disait jadis qu’elle était la « première ville corse ». La raison est simple : les Comores sont une ancienne colonie française devenue indépendante seulement en 1975. Il s’agit d’un archipel au large du Mozambique, peuplé par quelques 730 000 personnes, dont l’une des quatre principales est Mayotte, qui a choisi de rester française. La capitale des Comores est Moroni, qui compte quelques 60 000 habitants, un peu moins donc que la « communauté comorienne » de Marseille (évaluée entre 60 et 80 000 personnes). La France est la première terre d’immigration des Comoriens, beaucoup ont la double nationalité, le Français demeure une des langues officielles des Comores, la monnaie s’appelle le franc comorien et la France est le premier partenaire commercial des Comores. C’est dire si, comme l’indique le site du ministère des affaires étrangères : « la France et les Comores partagent une communauté de destin ».

Au-delà de la stupéfaction qui pourrait saisir l’observateur étranger constatant que, dans un même pays, selon les ministères, les mêmes personnes sont vues comme des amis ou des ennemis, on mesure ici le gouffre qui sépare deux conceptions du vivre-ensemble. Et il faut une nouvelle fois constater que monsieur Guéant a choisi la sienne, celle de l’extrême droite, celle qui érige des menaces étrangères face à une nation de Français conçue sans doute comme éternelle, à la peau blanche et partant le matin acheter sa baguette de pain au son des cloches de l’église. C’est de la xénophobie pure et simple, pour ne pas dire plus. Et de la part d’un ministre de la République, c’est lamentable.


Communiqués, plaintes et manifestations

Le Gouvernement de l’Union des Comores note avec étonnement la déclaration de Monsieur Claude Géant, Ministre français de l’Intérieur, qui s’en prend à la Communauté Comorienne de Marseille ville où elle s’est bien intégrée, et où elle participe à la vie politique, économique, sociale etc.., la plupart en tant que citoyen français à part entière. Il s’insurge contre cette stigmatisation d’une Communauté et à la designer comme bouc émissaire, sans fondement, ou plutôt avec des arrières pensées politiques d’un autre âge.
D’ailleurs à l’île Comorienne de Mayotte déjà, on en a fait un laboratoire pour la politique du chiffre contre les comoriens (chez eux) et on veut étendre cette pratique à d’autres localités de la métropole à l’approche des échéances électorales présidentielles.

Le Gouvernement de l’Union des Comores note également avec intérêt que la Communauté Comorienne de Marseille a su rester sereine et continue son bout de chemin dans cette France qui a voulu l’accueillir.
Le Gouvernement de l’Union des Comores se réjouit de la réaction des hommes politiques des diverses tendances qui ont analysé avec sagesse les propos qu’on peut qualifier de xénophobes et racistes s’appuyant sur des statistiques ethniques condamnables.
Les Comoriens en métropole et plus précisément à Marseille ont eu un lot de « martyrs » sauvagement assassinés par les bras que tout le monde connait et que le Ministre de l’Intérieur, chargé de la Sécurité de Citoyens devait protéger.
Le Gouvernement de l’Union des Comores demande aux Français d’origine comorienne de rester calmes et vigilants et de ne répondre à la provocation par d’autres moyens que légaux.

Le MRAP portera devant la justice, en l’occurrence devant la Cour de justice de la République (CJR), les récents propos du ministre de l’Intérieur Claude Guéant. En s’attaquant à la communauté comorienne de Marseille, présentée par lui comme criminogène et comme un groupe dangereux en soi, le ministre de l’Intérieur en exercice a gravement porté atteinte aux valeurs de la République et à l’universalisme humaniste.
Dimanche 11 septembre 2011, Monsieur Claude Guéant avant en effet dit devant une émission de RTL : « Je peux vous dire qu’il y a à Marseille une immigration comorienne importante qui est la cause de beaucoup de violences. » Par ces propos, Claude Guéant présente un groupe de population - les Comoriens - comme étant la cause de violences du seul fait de leur nationalité.
Le MRAP poursuivra ces propos, constitutifs d’un cumul idéal d’infractions, en ce qu’il caractérise l’incitation à la haine, violence, discrimination à caractère raciste et la diffamation à caractère raciste.

  • Après les regrets du ministre de l’Intérieur, six associations ont renoncé à saisir la justice

Lire l’article de Clinanoo, journal de la Réunion, du 20 septembre 2011

[...] Six associations de métropole et de la Réunion ont déclaré, hier, par la voix de leur avocat Me Saïd Larifou avoir “pris acte des regrets exprimés M. Guéant qui, après avoir mesuré les conséquences pour la paix sociale qui pourraient résulter de l’émotion et les réactions provoquées par ses propos, a émis sa volonté de dissiper ce malentendu”. En renonçant à cette procédure, ces six associations veulent “s’inscrire dans la volonté de dialogue émise par les pouvoirs publics qui est la seule voie appropriée pour faciliter l’intégration en France des membres de la communauté comorienne.

Après ses déclarations sur RTL et les réactions qu’elles avaient suscitées, Claude Guéant a compris qu’il était allé trop loin et qu’il risquait de se retrouver devant un tribunal correctionnel. C’est pourquoi, il a voulu éteindre l’incendie en adressant un courrier à chaque association comorienne ou franco-comorienne de métropole et de la Réunion. “J’ai pris la mesure de l’émotion et des réactions que mes propos, et une certaine interprétation de ceux-ci ont pu susciter”, écrit Claude Guéant. “Je tiens à vous assurer que, jamais dans mon esprit, je n’ai souhaité présenter la communauté comorienne de Marseille comme la principale responsable des violences que connaît cette ville. J’ai simplement voulu exprimer ma volonté de lutter, à Marseille comme ailleurs, contre la criminalité, en prenant en compte les spécificités de sa population” [...].

  • Appels à manifestations à Marseille le 15 septembre et à Paris le 22 septembre
    Sur le site de Survie
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