Crise franco-comorienne : de qui se moque-t-on ?

Entrevue de la revue Albalad avec le préfet de Mayotte
mardi 29 mars 2011

Crise Franco-comorien. « De qui se moque-t-on ? »
Albalad Mayotte, 29 mars 2011
Interview du préfet de Mayotte par Halda Halid

C’est officiel, le gouvernement français ne délivre plus aucun visa pour les citoyens comoriens. Une mesure qui ne risque pas de toucher les autorités comoriennes à l’origine de cette crise. En effet, en dépit de leurs « gesticulations », un certain nombre parmi eux bénéficient de la nationalité Française. Au cours d’un entretien, Hubert Derache est revenu sur la crise qui oppose les deux pays.

Albalad : Où en sont les négociations ?
Hubert Derache : Les négociations se poursuivent entre l’ambassadeur de France et les autorités comoriennes. On pensait trouver un accord ce week-end et les Comoriens ont rajouté des conditions supplémentaires. Cette posture politique est une manière pour les Comoriens de célébrer la départementalisation.

N’est-ce pas une fois de plus un chantage financier, une manière détournée de réclamer plus d’argent à la France ?
H. D. : Pour l’instant je n’ai pas- connaissance de ce chantage financier ; ce n’est pas à exclure mais cela ne rentre pas dans les termes de l’accord. Ce que veulent les autorités comoriennes, c’est pouvoir admettre sur leur territoire des gens qui ont des papiers d’identité. Ça, on peut facilement le comprendre. Mais au vu de la situation, on souhaiterait s’en tenir à ce qu’on fait avec d’autres pays comme Madagascar. On donne un PV d’audition fait par un officier qui atteste de la nationalité de la personne aux Malgaches reconduits. Cela leur suffit. Ce type de reconnaissance de nationalité est fait dans le cadre d’une audition pendant la garde à vue. Ce PV d’audition n’était pas fait jusqu’à maintenant et on se propose de le faire. Maintenant on doit voir si les autorités comoriennes se contenteraient de ce document. L’autre jour on a renvoyé des personnes munies de leur extrait de naissance, elles ont été refoulées.

Suite à l’arrêt des reconduites, en quoi consiste désormais le travail des policiers de la PAF ?
Les hommes continuent à faire des interpellations. En dix jours, on a fait 31 Kwassa dont un très gros qui transportait 107 personnes. On leur signifie leur APRF (arrêté préfectoral de reconduite à la frontière) et on rentre leur empreintes digitales dans notre base de données avant de les relâcher dans la nature. Le jour où on les arrête, on a déjà tous les éléments. En dépit de l’arrêt des reconduites, l’afflux d’immigrés continue toujours. Combien dé temps allons-nous pouvoir tenir dans cette situation ? J’espère que ça va durer le moins longtemps possible ; ceci dit, ce n’est pas nouveau. On a déjà eu ce cas de figure en 2008. Cela avait duré un mois et demi. Les autorités comoriennes disent que les conditions d’interpellation et de reconduites à la frontière ne seraient pas dignes des droits de l’Homme. Nous avons fait passer les chiffres du nombre de visites médicales et de soins fournis. On est quand même dans un système relativement humain. Surtout quand on voit en face que les autorités comoriennes qui donnent des leçons d’humanité, laissent partir des kwassas de neuf mètres avec 107 personnes à bord. Aujourd’hui l’archipel des Comores est aussi le seul pays à soutenir le colonel Khadafi. De qui se moque-t-on ? On est dans la surenchère politique mais pas dans la réalité.

Source : Albalad Mayotte du 29 mars 2011

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