Guadeloupe terre d’accueil...

Carnet de bord d’Anne Bertin,volontaire d’Échanges et partenariat
samedi 22 septembre 2012

Articles publiés par Échanges et partenariat
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Déclarez votre enfant, rendez vous directement au centre de rétention, ne franchissez pas la case « maison »,septembre 2012

Séparer un père de ses enfants serait-il moins grave que de séparer une mère des siens ? Cela violerait-il un peu moins ce droit fondamental de tout être humain au respect de sa vie familiale ? C’est ce que semble croire l’Etat français et sa police aux frontières de Guadeloupe qui s’est lancée depuis le mois d’août dans une traque aux Haïtiens, pères de famille… La Guadeloupe est le seul territoire français à partir duquel, les reconduites d’Haïtiens et d’Haïtiennes ont repris depuis qu’elles avaient été suspendues par l’effet d’un moratoire valable sur l’ensemble du territoire . Ainsi, depuis une année, la France renvoie des Haïtiens dans leur pays d’origine allant à l’encontre des recommandations et demandes des plus hautes instances internationales. En effet, en juin 2011 le Haut Commissariat aux Droits de l’Homme et le Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies avaient incité les Etats à éviter les reconduites des Haïtiens et Haïtiennes vers leur pays . Dernièrement, les Etats-Unis ont d’ailleurs prolongé de dix-huit mois le statut de protection temporaire accordé aux Haïtiens arrivés depuis le séisme de 2010, étant donné les conditions actuelles du pays . Le ministère de l’Intérieur s’était engagé en juillet 2011 à ne renvoyer que des personnes « non vulnérables » et célibataires. Pourtant, depuis le mois d’août 2012, la police aux frontières de Guadeloupe semble avoir comme cible privilégiée les pères de famille haïtiens, établis depuis plusieurs années en France et n’ayant plus d’attaches familiales en Haïti. En effet, depuis le 8 août, 8 Haïtiens ont été placés en centre de rétention. Sur les 8, sept sont des parents d’enfants nés et se trouvant sur le territoire français et trois d’entre eux sont pères d’enfants français. Un a été arrêté à la mairie, alors qu’il venait de reconnaître son enfant, un autre a été arrêté au guichet de la préfecture, alors qu’il venait déposer un dossier et enfin un dernier a été arrêté sur convocation de la PAF, le jour où il avait déclaré son enfant à la mairie… Trois de ces huit hommes ont déjà été reconduits en Haïti, pays qu’ils avaient tous quitté depuis un certain nombre d’années… La majorité de ces hommes ont démontré leur volonté d’intégration, leurs efforts pour s’insérer dans la société et leur souhait de s’établir durablement… Comme s’il n’était pas déjà assez grave de séparer un père de ses enfants, la France ruine tous les efforts faits par ces hommes au cours de nombreuses années pour jouer le jeu de l’Etat et démontrer de leur volonté de s’insérer, les ramenant au point zéro d’une vie pourtant péniblement construite. Ces dernières arrestations et reconduites sont le reflet de ce qu’est devenue la politique migratoire de la France en Outre-mer où s’applique un droit d’exception validant l’augmentation des pouvoirs d’une police de plus en plus imbue de son autorité face au recul des droits des étrangers, en contradiction totale avec ce principe constitutionnel que constitue l’indivisibilité de la République.


Guadeloupe, terre d’accueil... (17 août 2012)

Un Haïtien de 38 ans a été placé mercredi 8 Août au centre de rétention de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe. En urgence, il a effectué une demande d’asile qui a été rejetée seulement 48 heures après son dépôt. Un billet d’avion avait été réservé à l’avance pour le vendredi 10Août, date à laquelle il a été reconduit dans son pays natal. Pays qu’il avait pourtant quitté il y a treize ans pour rejoindre la Guadeloupe suite au décès de sa mère dans un braquage. Un de ses frères ainsi que sa sœur vivent également en Guadeloupe tandis que l’autre de ses frères vit en métropole. Il a un fils, né en 2009, avec une femme Haïtienne vivant en situation régulière depuis 2004 et avait un travail pour lequel il payait des impôts et louait une maison à son nom. Il y a une semaine, la France a renvoyé cet homme dans un pays dont il n’a pas foulé le sol depuis treize années, le déracinant ainsi de toutes ses attaches familiales, en violation totale du droit de toute personne au respect de sa vie privée et familiale. Ce faisant, elle brise tous les efforts entrepris par cet homme pour se conformer à ce que ce pays exigeait de lui pour le régulariser : s’intégrer, participer à la vie économique du pays et créer des attaches privées et familiales.

Il devait être audiencé en référé-liberté le samedi matin… Où est la logique ?