Guyane : expulsé à 600 km de chez lui

mercredi 13 mai 2015

Article en ligne de France-Guyane
16 mars 2015, par Pierre Rossovich

Les ressortissants guyaniens en situation irrégulière en Guyane ne sont reconduits que jusqu’à Albina, au Suriname, en raison de l’absence d’accord de coopération entre la France et le Guyana. La plupart rebroussent chemin. En 2014, la Police aux frontières (Paf) a interpellé près de 8 000 personnes en situation irrégulière en Guyane, dont 5 800 ont été reconduites à la frontière. Parmi ces reconduites, on compte bon nombre de Guyaniens laissés à... Albina. On pourrait se demander quel est l’intérêt de reconduire à la frontière surinamaise des ressortissants du Guyana. En effet, il faut compter 600 km entre Albina et Georgetown, et seulement 260 entre Albina et Cayenne. Pour les clandestins, le calcul est vite fait. Tous retraversent le Maroni directement. Personne n’est dupe. Pas même la Paf. « Lorsqu’ils m’ont laissé à Albina, les policiers m’ont dit : « À plus tard » » , raconte Simon [1], un Guyanien de 32 ans que nous avons rencontré. En Guyane depuis 2006, il s’est fait expulser plusieurs fois à Albina, dont la dernière fois il y a peu de temps. À peine débarqué côté Suriname, Simon a repris une pirogue direction Saint-Laurent. Après avoir passé quelques coups de fil, il est parvenu à joindre un « passeur » , qui s’est chargé de lui faire passer le poste de contrôle d’Iracoubo.

«  Appliquer la loi n’est jamais inutile » , défend Alexis Marty, directeur départemental de la Paf, pour qui la lutte contre l’immigration clandestine est une « obsession quotidienne » .

La principale difficulté pour expulser des personnes en situation irrégulière est l’obligation d’avoir des documents attestant leur nationalité. Comme les clandestins connaissent cette obligation juridique, peu se promènent avec leur passeport. Selon la loi, une personne en situation irrégulière interpellée sans ses papiers doit être présentée à son consulat. Or, jusqu’à présent il n’existe pas de consulat du Guyana en Guyane. Une consule honoraire a bien été recrutée, mais elle est toujours à la recherche d’un local. Par contre, si le clandestin est arrêté avec son passeport, les autorités peuvent le contraindre à embarquer dans un avion en direction de son pays.

PAS D’ACCORD ENTRE LA FRANCE ET LE GUYANA

Dans le cas du Guyana, il n’existe pas d’accord de coopération internationale avec la France. Et le gouvernement guyanien refuse que ses ressortissants soient escortés jusqu’au Guyana. Raison pour laquelle la plupart des « Georgetowniens » sont reconduits à Albina. Car un accord de réadmission a été passé entre la France et le Suriname [2].
Si la Paf constate qu’une personne en situation irrégulière est arrivée en Guyane en passant par le Suriname depuis moins de six mois, l’accord permet alors une reconduite dans ce pays.
À peine débarqués à Albina, beaucoup de Guyaniens reprennent immédiatement une pirogue pour Saint-Laurent (EL)

« FAIRE UN ENFANT AVEC UNE FRANÇAISE »

200 ressortissants guyaniens attendent leur expulsion au centre pénitentiaire de Rémire. La Paf assure qu’une attention particulière est portée à ces personnes, en vue d’une expulsion.
Simon, en Guyane depuis huit ans, n’a lui jamais été interpellé pour autre chose que sa situation irrégulière. Il a déjà été expulsé trois fois à Albina. Il est revenu à chaque fois. Il nous explique être venu « chercher une vie » en Guyane. « Je ne fais rien de mal. Je n’ai pas le droit de travailler, et mon dossier en préfecture n’avance pas » , explique-t-il en créole. Il vit de jobs, et c’est en se rendant à l’un d’eux qu’il s’est fait interpeller la dernière fois. Après une nuit passée au centre de rétention de Rochambeau, il a été reconduit à Albina. Simon a bien une avocate, qu’il paie comme il peut. « Mon avocate m’a dit de faire un enfant avec une Française pour que mon dossier avance. Mais je ne veux pas. C’est une mauvaise raison pour faire un enfant » , souffle-t-il.


[1] Note de France-Guyane :Le prénom a été modifié

[2] Note de Mom : Cet accord signé en 2004 n’est cependant pas ratifié par le Suriname