Haïtiens en Guyane : appel de Cayenne et mobilisations

Soutiens associatifs et mobilisations de Haïtiens
mercredi 27 janvier 2010

Appel de Cayenne

27 janvier 2010

A la suite du séisme qui a eu lieu en Haïti, la communauté haïtienne de France et en particulier de Guyane se trouve dans une situation catastrophique. Les Haïtiens ne sont plus en mesure de prouver leur état-civil et n’ont aucun espoir de satisfaire aux exigences en vigueur pour leur régularisation.
Face à cette situation humanitaire dramatique, nous demandons au gouvernement français :

  • une régularisation exceptionnelle et durable de tous les Haïtiens présents sur le territoire français,
  • le regroupement familial exceptionnel pour les proches, tout particulièrement enfants et personnes âgées en danger en Haïti alors qu’ils ont de la famille sur le territoire français,
  • des mesures spécifiques pour la prise en charge des enfants de Guyane devenus orphelins,
  • l’abandon des exigences administratives en matière d’état-civil devenues impossibles à satisfaire,
  • des moyens supplémentaires humains et financiers pour gérer la situation à la Préfecture de la Guyane.

La Guyane a déjà su accueillir les Martiniquais victimes de la Montagne pelée et les Hmongs par exemple. Nous demandons maintenant, avec le soutien de l’Union Européenne, un plan de développement pour la Guyane, intégrant la communauté haïtienne et incluant l’éducation, la formation, le logement, la santé et le travail.
A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles.

> Pour consulter la liste des signataires et signer, voir la pétition sur le site de RESF


Mobilisations et communiqués

Une manifestation de sans papiers, cela ne s’était jamais vu en Guyane. Hier, en fin de matinée, plus de 200 personnes ont défilé dans les rues de Cayenne jusqu’à la préfecture, chantant d’une même voix : « Nou vlé, nou vlé, nou vlé papié » ou « Des papiers, pour travailler ! ».

Parmi eux, Milot Oxigene, 30 ans, dont vingt passés en Guyane. Lui a été naturalisé, mais soutient avec vigueur le mouvement et compte évidemment sur la venue du président de la République pour se faire entendre : « Nicolas Sarkozy a été le premier chef d’État français à se rendre en Haïti depuis l’indépendance, et il arrive maintenant en Guyane. Nous lui lançons un appel de détresse, au nom des liens très forts qui unissent Haïti et la France. Étant donné la situation, nous demandons la régularisation exceptionnelle des Haïtiens de Guyane » .
À ses côtés, Bernard Moussa, présent depuis neuf mois sur le territoire, souhaite que les procédures administratives soient allégées : « On nous demande des tonnes de papiers que nous ne sommes pas en mesure de donner, comme des extraits d’archives. Suite au séisme, l’état civil n’existe plus en Haïti. Nous sommes pris en tenailles : nous n’avons pas de papiers, ni en Guyane, ni en Haïti. Nous sommes enfermés dans une prison morale » , témoigne-t-il.
Le cortège, parti de la cité Brutus, se masse devant les grilles fermées de la préfecture, brandissant des banderoles : « Tout moun sé moun menm sanspapyé » , « Tous ensemble pour Haïti » . Bernard Moussa soupire : « Sans papiers, nous ne pouvons pas travailler, ni étudier. En travaillant au noir, on se fait exploiter. On peut rapprocher ça de l’esclavage. Avoir accès au travail, c’est aussi donner la possibilité d’envoyer de l’argent à la famille restée sur place. »
Bernard a une fille de 6 ans restée en Haïti. Il aimerait que les conditions du rapprochement familial soient assouplies, afin qu’elle puisse le rejoindre, « pour son éducation, explique-t-il. Elle ne peut plus aller à l’école car elle a été détruite lors du séisme » .
Une délégation de cinq personnes (trois jeunes Haïtiens, un représentant du Réseau éducation sans frontières, de la Cimade et la députée européenne d’Europe Écologie Nicole Kiil-Nielsen) a été reçue en préfecture. Elle en est ressortie déçue : « On nous a dit qu’un examen bienveillant sera fait au cas par cas. Mais nous, nous demandons des mesures claires, qu’on arrête par exemple d’exiger des extraits d’archives » , explique Marc Grossouvre, de RESF. Une réunion devrait avoir lieu la semaine prochaine avec le préfet.

  • Appel du Collectif des jeunes Haïtiens
    Nous, les jeunes Haïtiens en Guyane, devons dire : « Oui, le droit à la vie est à tout le monde » même aux sans papier !
    Nous appelons tous les Haïtiens et les autres citoyens de Guyane à une marche de protestation pacifique :
    jeudi 18 février 2010 à 10h du matin
    départ au pont de Brutus, face à Radio Mosaïque arrivée à la Préfecture de Cayenne
    Non à l’exclusion ! Non à l’hypocrisie ! Oui à une régularisation durable de tous les Haïtiens sans exception !
  • LDH Cayenne - 9 février 2010
    La Ligue des droits de l’Homme, section de Cayenne, dénonce avec vigueur la situation difficile infligée en Guyane aux Haïtiens entraînant pour beaucoup l’ impossibilité d’effectuer la moindre démarche administrative en préfecture pour régulariser leur situation ou renouveler leur titre de séjour.
    Elle constate le manque de moyens mis à la disposition de la Préfecture pour répondre aux demandes urgentes de regroupement familial et humanitaires.
    Depuis le 4 février 2010, le Tribunal Administratif de Cayenne - Fort de France - Basse-Terre a suspendu toutes les affaires concernant le séjour des Haïtiens.
    La plus grande incertitude réside sur l’avenir, la préfecture réclamant toujours des documents qui n’arriveront plus, comme les extraits d’archives, le bâtiment des Archives Nationales ayant été fermé pour menace d’écroulement.
    La Ligue des droits de l’Homme, section de Cayenne, demande au gouvernement français de prendre toutes les mesures afin que les Haïtiens exilés , déjà terriblement touchés par le séisme du 12 janvier dernier dans leurs liens familiaux ne soient pas en plus privés sur notre sol de la possibilité d’une vie décente
    Voir : http://www.blada.com/boite-aux-lett...