Mayotte : Des centaines de jugements ne sont même pas dactylographiés, faute de personnel

Le Monde, "Le mépris de notre travail quotidien est le plus difficile à supporter", 7 février 2011
lundi 7 février 2011

"Le mépris de notre travail quotidien est le plus difficile à supporter"

Le Monde.fr, 7 février 2011

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EXTRAIT

Mayotte : "Des centaines de jugements ne sont même pas dactylographiés, faute de personnel", par Yves M.

A Mayotte, nous avons sept magistrats du siège au tribunal, dont un pour l’état civil, pour un volume d’affaires en pleine explosion du fait de la départementalisation. Le poste de juge d’application des peines est vacant depuis quatre ans et ne sera pourvu qu’en septembre. La maison d’arrêt de Majicavo connaît en permanence un taux d’occupation entre 200 et 300 %. Faute de place, le parquet a dû renoncer à une politique de comparution immédiate systématique des passeurs d’embarcations clandestines : il n’y avait même plus l’espace pour mettre un matelas par terre en cellule.

Des centaines de jugements ne sont même pas dactylographiés, faute de personnel. Plusieurs milliers de mineurs isolés sans moyen conséquent pour leur prise en charge. Aux affaires familiales, en 2010, 912 nouveaux dossiers ont été enregistrés – ce qui ne signifie pas traités –, et 839 sont en attente de saisie informatique. Le délai moyen de traitement des dossiers varie d’un an pour les requêtes en divorce, conflit d’autorité parentale, etc., à trois ans pour les requêtes en délégation d’autorité parentale. Voilà pour la politique du chiffre et la culture du résultat. Il faut chaque jour gérer la pénurie pour pallier l’incurie de l’État.