Mayotte - L’ancien préfet Hubert Derache tire son bilan

Malango, 11 juillet 2011, propos recueillis par Annette Lafond
lundi 11 juillet 2011

Lundi 11 Juillet 2011- 07:23:44 - Politique

C’est le préfet qui a accompagné la départementalisation : il fallait qu’Hubert Derache nous livre ses impressions, moments forts, joies et désagréments vécus à Mayotte, alors qu’il a déjà pris ses nouvelles fonctions de directeur de cabinet du nouveau secrétaire d’Etat aux anciens combattants : Marc Laffineur.

Une heure pour tenter d’aller au fond des dossiers, notamment celui de l’immigration clandestine et pour pousser un « coup de gueule » à sa manière contre les politiques.

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EXTRAITS

Malango : En matière d’immigration clandestine, peut-on parler de réussite ou d’échec ? Où va Mayotte dans ce domaine ?

Hubert Derache : Avec en ligne de mire 27.000 reconduites à la frontière d’ici la fin de l’année, nous aurons accru les reconduites de 30% grâce à l’efficacité de la Gendarmerie à travers le colonel Thomas Bourgerie. Et en intensifiant les interpellations à terre (les trois-quarts contre un quart en mer), les gendarmes connaissent désormais les habitudes des étrangers en situation irrégulière, qui de ce fait, n’osent plus se déplacer en taxi par exemple. Résultat : les prévisions d’enfants scolarisés réalisées par les maires en février 2010 ont été corroborées par les chiffres de la rentrée en septembre 2010, il n’y a donc pas eu de gonflement par l’arrivée massive d’étrangers en situation irrégulière.

D’autre part, alors que nous reconduisions 3000 mineurs accompagnés en 2009, nous avons atteint 6000 en 2010, chiffres que nous allons dépasser cette année. C’est grâce au travail de l’association Tama qui intervient au Centre de Rétention administrative (CRA) pour convaincre les mères de repartir avec leurs enfants.

Dans le cadre de cette lutte contre l’immigration régulière, le 4ème radar tant attendu est arrivé et sera opérationnel en septembre dans le sud au niveau de Kani-Keli, et nous avons obtenu 22 millions d’euros d’autorisation d’engagement pour le CRA qui sera peut-être construit en Grande Terre vers la Vallée 3 de Longoni, en accord avec le Conseil général qui nous a donné un accord de principe.

Il faut en passant dénoncer le double langage d’élus qui dénoncent cette immigration, mais me téléphonent pour que je libère du CRA des étrangers qu’ils connaissent.

Enfin, grâce au Groupe d’Intervention Régional (GIR) et à la coopération judiciaire et policière, nous avons interpellé plusieurs « têtes » dont Lothar (accusé d’être un gros trafiquant de kwassas, ndlr).

« Des vigiles sur le Maria Galanta ? »

L’affaire récente du Maria Galanta (voir une analyse de cette affaire selon Malango et Upanga) impliquera une augmentation du coût des reconduites car nous cherchons une solution, dont l’encadrement par des vigiles. A savoir, nous n’avons aucune obligation d’escorte policière : en métropole, seuls 12% des reconduits à la frontière, parce que jugés dangereux, sont accompagnés de policier. Il faut tout de même souligner que dans cette affaire, si une faute a été commise par l’ouverture d’une porte, la personne qui s’est noyée s’est jetée elle-même à la mer.

Mais la lutte contre immigration régulière qui est le cancer de Mayotte, repose sur deux pieds : la lutte, c’est la chimio, par laquelle nous pallions la faute d’un pays, l’Union des Comores, qui laisse partir sa population parce qu’elle n’a aucune espérance sur place, et l’indispensable coopération régionale pour laquelle nous attendons beaucoup du nouveau président Ikililou : je devais me rendre à Anjouan pour signer un accord sur l’achat de produit agricoles pour la grande distribution à Mayotte, ce que fera très certainement mon successeur.

N’y a-t-il pas un problème géopolitique ?

Oui, mais cela devient un problème d’écart économique. Mayotte se développe parce qu’elle a fait le choix de la France, mais ne peut le faire harmonieusement sans les Comores. Il faut dire qu’en 2004, certains élus à Mayotte considéraient que l’argent alloué à la coopération régionale l’était au détriment de notre île alors qu’ils ont maintenant compris que plus on tire le niveau vers le haut, plus c’est bénéfique à l’ensemble régional.


Documents joints

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