La chasse aux migrants à Mayotte pendant les 3 premiers semestres de 2009

Statistiques de la préfecture ; commentaires du premier ministre, du ministre de la défense et du préfet
vendredi 23 octobre 2009

Bilans relatifs aux trois années antérieures

Voir la synthèse des parties relatives à Mayotte et à la Guyane du rapport de la cour des comptes sur les mesures de rétention 2006/2008

> Remarque : Dans les données suivantes, la préfecture décompte les interpellations en mer ou sur terre ayant donné lieu à des arrêtés de reconduite à la frontière (ARF) exécutés. Les interpellations sans ARF ou les ARF non exécutées ne sont pas comptabilisées et sont peu nombreuses selon le rapport de la Cour des comptes.

Mieux encore que les records nationaux des trois années précédentes : bilan sur du 1er janvier au 30 septembre 2009

Kwassas interceptés en mer

Période Kwassas interceptés Passeurs Passagers
1er trimestre 72 82 1789
2e trimestre 57 72 1114
3e trimestre 80 103 1905
Total 209 257 4808

Arrêtés de reconduites à la frontière - ARF - exécutés

Période Interpellation sur terre Total ARF exécutés Total de personnes éloignées
1er trimestre 2698 4487
2e trimestre 3418 4532
3e trimestre 1277 3182
Total 7393 12 201 14 449

Donc, sur trois trimestres, 14 449 personnes éloignées dont 12 201 adultes et 2 248 enfants.


Commentaires et précisions officiels

Extraits
Un autre sujet préoccupe beaucoup les Mahorais, c’est celui la lutte contre l’immigration clandestine. C’est un sujet essentiel pour la cohésion sociale ; là encore, l’Etat n’a pas non plus perdu de temps. Le gouvernement et ses représentants à Mayotte ne feront preuve d’aucune faiblesse. Sous l’autorité du Préfet, des moyens importants et croissants sont consacrés à ce combat : nous avons mis en place des effectifs supplémentaires de police nationale et de gendarmerie, nous avons renforcé les moyens maritimes, nous avons amélioré la coordination des services et déjà, il y a des résultats puisque 16 000 personnes ont été reconduites à la frontière chaque année depuis trois ans, et ce sera sans doute un peu plus cette année !

Nous savons tous que, dans ces résultats, il y a un investissement qui a été très important, c’est celui de l’implantation de trois radars. Je veux vous indiquer que j’ai décidé de compléter le dispositif en installant un quatrième radar dans le sud de l’Ile, pour assurer une couverture totale du lagon. Nous y ajouterons en appui un hélicoptère de la gendarmerie nationale qui sera positionné en permanence à Mayotte ; ce sera un renfort important car la surveillance aérienne a fait la preuve de son efficacité.

  • Hubert Derache, préfet de Mayotte depuis août 2009 : enrichir les passeurs mafieux pour décourager les migrants

Extrait : Le bilan des moyens de lutte contre l’immigration clandestine avec une amélioration de la couverture radar pour arriver à un chiffre avoisinant les 17 500 reconduites à la fin de l’année. Ces interceptions permettent d’accroitre le coût du passage qui était de 100 € il n’y a pas si longtemps, et qui est de 300 € actuellement, c’est-à-dire plusieurs mois de salaire pour un anjouanais. Notre but est que le prix devienne trop élevé, décourageant ainsi les candidats aux traversées.

Lire l’entrevue complète du préfet publié par Malango le 23 octobre 2009


A quel prix ? Regards critiques

Les migrants, la préfecture et la mafia
Upanga n°12, 3 novembre 2009

  • Une bonne source d’information sur Mayotte : s’abonner à ce bimensuel www.upanga.com

LE NOUVEAU PRÉFET a au moins une qualité : celle d’être franc du collier. Dès son arrivée dans l’île fin août, il avait prévenu les enseignants grévistes, sans sourciller et par voie de presse, que leurs revendications étaient illégitimes (!). Pour le dialogue social, on repassera…
PLUS RÉCEMMENT, dans une interview accordée au site d’information Malango (www.malango-actualite.com), il a récidivé en affirmant le plus simplement du monde que les interceptions de kwassa devaient permettre “d’accroître le coût du passage qui était de 100 euros il n’y a pas si longtemps, et qui est de 300 euros actuellement”. Une somme rondelette qui représente, à la grande joie du préfet, “plusieurs mois de salaire pour un Anjouanais”. Tant pis si ses informations sont fausses – cela fait belle lurette que le passage entre Anjouan et Mayotte coûte plus de 100 euros, même à 40 dans une barque – et on ne peut plus bancales – le prix du passage variant selon les saisons, le nombre de passagers, les desiderata du propriétaire, etc… Visiblement, un préfet n’est pas là pour dire la vérité, si ce n’est celle que le gouvernement voudrait imposer. Et Hubert Derache d’en remettre une couche, au cas où le lecteur n’aurait pas tout compris : “Notre but est que le prix devienne trop élevé, décourageant ainsi les candidats aux traversées”.
NOUS Y VOILÀ ! Cette nouvelle stratégie marque une rupture avec le discours du prédécesseur de Derache, Denis Robin, qui ne cessait d’affirmer qu’au-delà de la répression, la coopération devait jouer un rôle essentiel dans le règlement de la question des migrations dans l’archipel. Désormais, le but affiché est de compliquer la tâche des migrants en augmentant le coût de la traversée. Cette stratégie aura une double conséquence, et Derache ne peut pas ne pas l’avoir envisagée.
D’ABORD, elle renforcera les réseaux mafieux auxquels la préfecture fait semblant de s’attaquer. Tout le monde le sait au sein des instances dirigeantes : les flux ne s’arrêteront jamais entre les îles, du moins pas tant que l’écart du niveau de vie matériel n’aura pas été réduit. L’augmentation du coût de la traversée n’y fera rien. Les Comoriens, mais aussi quelques Africains du continent et quelques Malgaches, raqueront, encore et toujours, pour venir à Mayotte. L’exemple des Chinois venus de la campagne sans le sou et payant des sommes folles pour venir en Europe, via des emprunts improbables, le démontre chaque jour : la question du coût du “voyage” n’arrête pas le rêve d’une vie meilleure. Cette stratégie permettra seulement aux propriétaires des barques de s’enrichir plus vite encore. Merci qui ?...
LA DEUXIÈME conséquence est visible depuis plusieurs années – depuis que l’Etat s’est doté à Mayotte de radars, de vedettes et d’un hélicoptère – et n’en sera qu’intensifiée. Face à la traque des autorités en mer, les passeurs prennent de plus en plus de risques, et la traversée devient de plus en plus dangereuse. Il y a dix ans, une traversée durait 4 à 5 heures. Aujourd’hui, c’est le double, les barques utilisant des routes nouvelles et plus lointaines pour échapper aux patrouilles. Les conséquences sont connues : des naufrages en pagaille.
LA VOLONTÉ AFFICHÉE par le ministre de la Défense, Hervé Morin, lors de sa visite à Mayotte, d’impliquer l’armée dans la traque aux kwassa révèle la dérive des autorités, qui sont désormais clairement engagées dans une guerre aux migrants. Or dans toute guerre, les civils sont les premières victimes. Et les mafias les premières bénéficiaires.

Voir aussi :


Déclarations du préfet de Mayotte

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