Plurilinguisme et politique linguistique à Mayotte

Colloque « Plurilinguisme, politique linguistique et éducation, quels éclairages pour Mayotte ? » , 17-19 mai 2010
mercredi 19 mai 2010

Colloque intitulé « Plurilinguisme, politique linguistique et éducation, quels éclairages pour Mayotte ? »

Présentation du colloque et bibliographie
Voir le site avec le programme du colloque : http://www.colloquemayotte2010.org/

Le colloque international : plurilinguisme, politique linguistique et éducation. Quels éclairages pour Mayotte ? a rassemblé, à Mayotte, un peu plus d’une soixantaine d’universitaires venus de plusieurs pays (Algérie ; Arabie saoudite ; Comores ; États unis d’Amérique ; France (dont la Guyane et la Réunion) ; Maroc ; Tunisie) qui sont intervenus dans un peu plus de 50 communications du 17 au 19 mai 2010.

  • Clôture du Colloque :
    Foued Laroussi, "Langues et développement : perspective pour Mayotte"

    Synthèse présentée par Mayotte Hebdo

Après une rapide présentation de la situation démographique, scolaire et linguistique de l’île, le professeur Laroussi a énoncé plusieurs propositions. Tout d’abord impulser la recherche pour valoriser le plurilinguisme à Mayotte, en travaillant pour cela à une description linguistique, une fixation de la grammaire, du lexique, un développement de la méthodologie, etc.
M. Laroussi [... a affirmé qu’il fallait "s’entendre une fois pour toute sur la graphie du shimaore et du kibushi", pour laquelle il existe actuellement trois propositions, qui diffèrent quelque peu, venant de l’association Shime, de la direction des langues régionales du CG et du groupe de recherche de M. Laroussi, qui précise que cette graphie doit utiliser uniquement des caractères existant sur un clavier d’ordinateur, pour être en adéquation avec le monde moderne. "Il faut aller vite sur cette question."
Sur la question de la place de la langue française, Foued Laroussi a rappelé qu’il lui paraissait évident qu’elle était la langue de l’ouverture sur le monde, et qu’elle devait également assurer l’égalité des chances. Il préconise une amélioration de la formation des maîtres, "dont certains nous ont dit eux-mêmes, lors de nos enquêtes, qu’ils n’étaient pas au niveau".
A la question comment expliquer le déficit et l’échec dans l’apprentissage du français à Mayotte, plusieurs hypothèses ont été apportées. Premièrement, "l’absence d’une politique éducative soucieuse d’une éducation bilingue", et également le fait que l’usage exclusif du français comme langue d’enseignement pose certains problèmes de compréhension.

    • "Surdité des responsables éducatifs"

La rupture brutale entre la culture locale et la culture scolaire est également une des pistes. "Les programmes ne doivent pas être calqués sur ceux de la Métropole. La France n’est pas un territoire homogène, ses programmes scolaires doivent être adaptés aux situations linguistiques." Enfin, la formation insuffisante des enseignants et l’inadéquation entre les consignes scolaires et la société mahoraise ont été évoquées.
En conclusion, M. Laroussi a avancé que si le français est la langue de l’avenir à Mayotte et que rares sont les Mahorais qui sont contre cette idée, ils dénoncent malgré tout un enseignement calqué sur la Métropole qui stigmatise les langues locales et les fait passer pour contre-productives dans l’apprentissage scolaire. "Les Mahorais revendiquent l’école bilingue, le développement de l’île dépendra de ces questions."
En conclusion, la directrice de l’UFR de Lettres de l’Université de Rouen a résumé les impressions principales qu’elle a recueillies en fin de colloque auprès des intervenants et des auditeurs. "La majorité des personnes interrogées, Métropolitains ou Mahorais, convergent sur l’idée que le tout français ne marchera pas. Tous ont été choqués par le discours étatique qui reste fermé sur cette conception du français comme seule langue acceptable à l’école et il y a un grand étonnement de tous devant la surdité des responsables éducatifs, c’est du jamais vu."

    • Références

Laroussi F. (dir.), 2009a, Mayotte, une île plurilingue en mutation, Editions du Baobab, Mayotte, La Réunion.
Laroussi F. (dir.), 2009b, Langues, identités et insularité : regards sur Mayotte, PURH, Rouen.