Visa Balladur : le silence est-il un oubli ?

Claire Diao, Africulture, 23 février 2015
lundi 2 mars 2015

A l’occasion de la 10e Semaine anticoloniale et antiraciste et de sa journée Décolonisons ! (1er mars 2015), Africultures revient sur les 20 ans du " visa Balladur ". Un visa pour entrer sur l’île de Mayotte, dans l’Océan Indien, instauré en 1995 par le premier ministre français Édouard Balladur, qui bouleverse depuis la circulation des habitants des îles de l’Archipel des Comores.

S’il n’existe pas d’informations précises sur le nombre de noyés depuis cette date (entre 10 et 30 000 selon les sources), 15 908 personnes auraient été expulsées du territoire mahorais (dont environ 4 000 enfants) en 2013. Autour de ce phénomène, pourtant, un silence assourdissant. Explications avec des artistes et militants dénonçant cette situation.


Présentation

Depuis vingt ans, dans le Canal du Mozambique situé dans l’Océan Indien, quatre îles vivent un drame humain dont peu de gens semblent informés. " Juste un mot pour dire le naufrage. Le naufrage collectif. De nos idées, de nos principes, de nos valeurs. Bazardés, jetés par-dessus la mer, oubliés à jamais. Nous n’avons plus de conviction qui tienne, devant l’absurdité de cette situation inédite : un peuple rendu clandestin en sa terre". Ce texte, posté le 17 janvier 2015 sur le site internet Mur Balladur - site internet de mémoire en résistance - rend hommage aux milliers de morts de l’Archipel des Comores, disparus lors de la traversée d’une île de l’Union des Comores à une autre de cet archipel, celle de Mayotte depuis l’instauration, en 1995, du visa dit "Balladur".

Or, hormis les médias comoriens et les 348 personnes qui l’ont signée, qui a été informé de la pétition créée par Kom K. et mise en ligne le 11 novembre 2014 sur le site Avaaz.org en faveur d’une " stèle à la mémoire des morts du Visa Balladur à Moroni "(3) ? Qui a suivi l’interdiction du Préfet Djouhoud tombée le 11 novembre 2014 alors que le maire de Moroni, Laissi Ben Ali, avait donné son accord pour que l’artiste Soeuf Elbadawi puisse installer cette stèle sur la Place de France ? Cette même place où, rappelons-le, l’insurgé Bakari Kusu avait été exécuté par la France le 22 juin 1856 (4) ? Et qui a relayé le communiqué de presse publié par Migreurop le 13 janvier 2015, appelant à l’abolition de ce visa ?

Il est bien connu qu’en hexagone, seul un événement hors du commun comme une prise d’otages (à Ouvéa en Nouvelle-Calédonie en 1988), une épidémie de chikungunya (à La Réunion en 2005/2006), une grève générale contre la vie chère (à la Guadeloupe et en Martinique en 2009) ou un crash d’avion (le vol 626 d’Air Yemenia en 2009 aux Comores), attirent l’attention des médias généralistes et hexagonaux. Le quotidien, lui, beaucoup moins.

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Avec quatre parties :

  • Kwassa kwassa et éloignements forcés
  • Histoire d’une nation
  • Clandestin sur son propre territoire
  • 1995-2015 : à quand l’abrogation ?

Documents joints

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