Malnutrition infantile à Mayotte : le cri d’alarme de Médecins du Monde

Prévalence de la malnutrition aiguë chez 7,3% des enfants rencontrés
mardi 8 mai 2012

Malnutrition infantile à Mayotte, 101ème département français
Une étude de Médecins du Monde, 30 mars 2012

Médecins du Monde a ouvert en 2009 un centre de soins pédiatriques à Koungou, afin d’améliorer l’accès aux soins des enfants les plus démunis.
Etude de la situation nutritionnelle des enfants vus par Médecins du Monde à Mayotte
Face au nombre croissant d’enfants arrivant au centre manifestement en situation de malnutrition, MdM a décidé d’évaluer la situation nutritionnelle des enfants de moins de cinq ans vus en consultation. L’étude menée du 1er avril au 1er juillet 2011 sur le centre et en cliniques mobiles sur 422 enfants indique que la situation est en effet inquiétante.

Les résultats montrent une prévalence de la malnutrition aiguë chez 7,3% des enfants rencontrés. Un taux inacceptable pour le 101ème département français, qui se retrouve en situation nutritionnelle précaire si l’on se réfère aux recommandations de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture).

En 2009, on estimait à plus de 18 000 le nombre d’enfants non affiliés à la sécurité sociale ; seule la moitié des enfants malnutris bénéficiaient alors d’un suivi en PMI, et un quart obtenait un traitement nutritionnel.
Depuis janvier 2010, les acteurs de santé locaux et notamment les PMI ne peuvent plus assurer le suivi nutritionnel, faute de moyens financiers, alors qu’il est essentiel pour ces groupes à risque.

A Mayotte, la fin de la gratuité des soins en 2004, et la peur de se déplacer vers les centres de santé ont contribué à la précarisation d’une partie de la population, dont par ailleurs un tiers se trouve en situation irrégulière. Avec plus de 21 000 reconduites à la frontière en 2011, les politiques migratoires menées à Mayotte entrainent un harcèlement systématique des plus précaires. Ceux-ci renoncent à aller se faire soigner par peur d’être arrêtés. De nombreux enfants se retrouvent séparés de leurs parents, pris en charge par d’autres familles qui ne peuvent pas toujours assurer leurs besoins alimentaires.

Obstacles à l’accès aux soins et conditions de vie précaires entraînant un manque de diversité alimentaire expliquent l’ampleur de la malnutrition à Mayotte. Le taux brut de mortalité infantile y est de 13,5‰ (Insee 2010) soit 4 fois plus élevé qu’en métropole et plus d’un enfant sur trois n’a pas accès à l’eau courante (MdM 2011).

Dans le cadre de la campagne 2012 Votez Santé ! Médecins du Monde interpelle les candidats à la présidentielle et aux législatives sur la situation alarmante des enfants à Mayotte. Il est urgent de donner aux acteurs de santé et aux PMI les moyens de prendre en charge ces enfants.


La malnutrition à Mayotte

Malango actualité, 30 avril 2012
Par Annette Lafond

  • Démission des PMI qui n’ont plus de moyens, peur d’aller se faire soigner, abandon de soins par les familles qui sont censées prendre en charge ces mineurs laissés sur le sol Mahorais par leurs parents lors de leur expulsion, mais aussi mauvaises habitudes alimentaires… Médecins du Monde publie une étude sur la malnutrition des enfants à Mayotte.
    Des situations sanitaires que l’on aurait pu croire réservées aux plus pauvres des pays africains

Médecins du Monde a ouvert en 2009 un centre de soins pédiatriques à Koungou, afin d’améliorer l’accès aux soins des enfants les plus démunis. Face au nombre croissant d’enfants arrivant au centre manifestement en situation de malnutrition, MdM a décidé d’évaluer la situation nutritionnelle des enfants de moins de cinq ans vus en consultation. L’étude menée du 1er avril au 1er juillet 2011 sur le centre et en cliniques mobiles sur 422 enfants indique que la situation est en effet inquiétante. Ils préviennent des limites d’interprétation de leur enquête : « il s’agit d’une population particulièrement précaire, c½ur de cible de l’action de MdM à Mayotte. Pour cette raison, les résultats de notre étude ne sont pas extrapolables à la population générale mahoraise ».

L’OMS définit un seuil d’alerte lorsque la prévalence de la malnutrition aiguë globale est supérieure à 10 % et un seuil d’urgence lorsque cette prévalence dépasse les 15 %. Une première étude avait été menée sur l’ensemble des données recueillies durant l’année 2010. Celle-ci avait mis en évidence une prévalence alarmante de la malnutrition à Mayotte : au total 13,8 % pour tous les enfants âgés de 0 à 59 mois ayant consulté dans les centres MdM entre le 1er janvier et le 31 décembre 2010. Parmi ces enfants, on comptait 2,2 % de malnutrition aiguë sévère pour les 2 sexes.

Les résultats de l’étude de 2011 montrent une prévalence de la malnutrition aiguë chez 7,3% des enfants rencontrés. «  Un taux inacceptable pour le 101ème département français, qui se retrouve en situation nutritionnelle précaire si l’on se réfère aux recommandations de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) » relate l’étude de MdM.

La malnutrition se définit par des apports inférieurs ou supérieurs aux besoins en protéines et/ou en énergie en quantité et/ou en qualité. La malnutrition chronique est caractérisée par un retard de croissance et la malnutrition aiguë par une insuffisance de poids (en kg) par rapports à la taille (en cm).

  • Des enfants qui prennent 2,8 repas par jour

Les foyers avec un enfant en malnutrition aiguë comprennent en moyenne 5,6 personnes, dont 3,81 enfants à charge. L’enquête n’a pas mis en évidence de différence de composition du foyer par rapport aux enfants n’ayant pas de problème de malnutrition aiguë. Les modalités d’accès à l’eau et à l’électricité n’étaient pas différentes entre les groupes. On notera que 16,7 % des foyers où se trouvaient un enfant dénutri n’avait pas accès à l’électricité et 39,3 % de ces foyers n’avaient pas l’eau courante.

Par ailleurs, 36,8 % des familles où l’enfant n’a pas de problème de malnutrition aiguë et 25,8 % des familles du groupe « pathologique » tirent leurs revenus, au moins en partie, de cultures vivrières. Il n’existe pas non plus de différence statistiquement significative entre les groupes dans le nombre de sources de revenus déclarés par les familles.

« La quasi-totalité des enfants inclus dans l’étude sont nés sur le territoire de Mayotte et 96,7 % des enfants repérés comme ayant un problème de malnutrition aiguë n’étaient pas affiliés à la Sécurité Sociale (83,9 % dans le groupe de référence, différence non significative) ».

Les enfants en malnutrition aiguë prenaient en moyenne 2,8 repas par jours et 0,7 collations. 7 enfants (22,6 %) n’étaient pas sevrés ou en cours de sevrage et 16 (69,5 %) étaient totalement sevrés.

L’âge moyen des enfants non-sevrés ou en cours de sevrage était de 10 mois, celui des enfants totalement sevrés était de 38,3 mois.

11 des 31 enfants repérés comme ayant un problème de malnutrition aiguë modérée ou sévère ont déjà été hospitalisés. 3 l’ont été pour un motif en relation avec un problème déjà connu de malnutrition aiguë. 48,4 % de ces enfants avaient ou avaient eu au moment de l’entretien un suivi nutritionnel par la PMI. 6 des enfants qui étaient suivis en PMI ont également eu accès à un suivi par une association et 3 enfants ont bénéficié d’un traitement par compléments alimentaires type Plumpy Nut. Un nombre important d’enfants malnutris avaient un petit poids de naissance et/ou étaient prématurés.

Les faibles revenus constatés chez les familles de ces enfants impactent également l’accès à la nourriture, tant en terme de quantité que de diversité. Diversité malmenée également par les habitudes culturelles où l’introduction de nouveaux aliments débute avant l’âge de 6 mois et les aliments introduits en premiers sont le riz et rapidement le poisson. On retrouve peu de fruits et légumes dans l’alimentation de ces enfants alors qu’ils sont disponibles et essentiels à l’apport en micronutriments. A contrario, on retrouve beaucoup de féculents et de protéines.

  • Un recul dans l’aide aux familles démunies

En 2009, on estimait à plus de 18.000 le nombre d’enfants non affiliés à la sécurité sociale. Seule la moitié des enfants malnutris bénéficiaient alors d’un suivi en PMI, et un quart obtenait un traitement nutritionnel.
Depuis janvier 2010, les acteurs de santé locaux et notamment les PMI ne peuvent plus assurer le suivi nutritionnel notamment en lait enrichi, faute de moyens financiers de la Collectivité, alors qu’il est essentiel pour ces groupes à risque.
« A Mayotte, la fin de la gratuité des soins en 2004, et la peur de se déplacer vers les centres de santé ont contribué à la précarisation d’une partie de la population, dont par ailleurs un tiers se trouve en situation irrégulière. Avec plus de 21.000 reconduites à la frontière en 2011, les politiques migratoires menées à Mayotte entrainent un harcèlement systématique des plus précaires. Ceux-ci renoncent à aller se faire soigner par peur d’être arrêtés. De nombreux enfants se retrouvent séparés de leurs parents, pris en charge par d’autres familles qui ne peuvent pas toujours assurer leurs besoins alimentaires ».

Obstacles à l’accès aux soins et conditions de vie précaires entraînant un manque de diversité alimentaire expliquent l’ampleur de la malnutrition à Mayotte. Le taux brut de mortalité infantile y est de 13,5% (Insee 2010) soit 4 fois plus élevé qu’en métropole et plus d’un enfant sur trois n’a pas accès à l’eau courante (MdM 2011).

Dans le cadre de la campagne 2012 ’’Votez Santé !’’, Médecins du Monde interpelle les candidats à la présidentielle et aux législatives sur la situation alarmante des enfants à Mayotte. Il est urgent de donner aux acteurs de santé et aux PMI les moyens de prendre en charge ces enfants.

« Car sans renforcement des pratiques de prévention, de dépistage, et une prise en charge de la malnutrition par les PMI, il est à craindre une chronicisation voire une détérioration de la situation nutritionnelle d’un nombre important d’enfants sur Mayotte ».

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