Maria Galanta : fin de la lune de miel avec l’Etat

Articles de Malango actualités (29 juin) et de Upanga (20 juillet 2011)
mercredi 20 juillet 2011

Maria Galanta : Le capitaine d’armement en prison

par Annette Lafond, 29 juin 2011

Michel Labourdère, armateur du navire Maria Galanta depuis lequel un homme qui faisait l’objet d’une reconduite à la frontière avait sauté et s’était noyé, a subi un interrogatoire tout au long de la journée. Il est accusé d’homicide involontaire, de mise en danger de la vie d’autrui, et de non assistance à personne en danger. Son passage devant le juge des libertés et de la détention ne lui a pas permis d’éviter de partir ce soir en prison....

Lire cet article paru dans Malango actualité le 29 juin 2011

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Maria Galanta : fin de la lune de miel avec l’Etat

Upanga n°45, 20 juillet 2011 - EXTRAIT

L’Etat peut, depuis 2006, compter sur le Maria Galanta pour atteindre les chiffres sans cesse croissants de reconduites à la frontière. Pourtant, quand l’armateur est accusé de mise en danger de la vie d’autrui, il se dégage de toute responsabilité.

L’HISTOIRE d’amour qui semblait unir le Maria Galanta à la préfecture a pris un sérieux coup depuis l’ouverture d’une enquête pour mise en danger de la vie et non assistance à personne en danger qui touche la compagnie. Aujourd’hui, seul l’armateur est aux prises avec la justice, et les intérêts communs qui l’unissaient à l’Etat sont oubliés. Les relations étaient pourtant aussi anciennes que ténues : l’un ne pouvait plus vivre sans l’autre.
Cette relation a débuté il y a six ans. Fin octobre 2005, dans une lettre adressée au préfet de Mayotte, Nicolas Sarkozy lui réclamait d’atteindre le chiffre de 12.000 reconduites à la frontière en 2006, soit deux fois plus qu’en 2004. Pour y parvenir, le ministre de l’Intérieur promettait des moyens supplémentaires, dont la mise à disposition d’un navire de 180 places.
L’acquisition du Maria Galanta par la société SGTM de Michel Laboudère était déjà dans les cartons… Quand l’annonce de cet achat fut officiel, l’armateur avait même dû faire face à une polémique, qui l’accusait d’avoir procédé à cet achat dans l’unique but de s’emparer du marché offert par les reconduites. "Nous comptons être une agence de voyage comme une autre, et ainsi avoir des clients. Nous visons une clientèle touristique" s’était il expliqué à Kashkazi, 24/11/05. "C’est un pari, qui ne sera gagné[ que si on atteint 45.000 passagers par an" se défendait-il alors. Et pour réussir son coup, la SGTM a pu compter sur le soutien financier du conseil général. Le 17 mai 2006, en commission permanente, la majorité du président Said Omar Oili décidait d’octroyer deux subventions à cette entreprise.
L’une, de 350.000 euros, au titre de l’aide à l’investissement. L’autre, de 100.000 euros, au titre d’une aide exceptionnelle. Soit 450.000 euros en tout qui devaient permettre à la SGTM de boucler un investissement estimé à 1,5 million d’euros pour acquérir le Maria Galanta, navire en provenance de Saint-Pierre-et-Miquelon et qui bat aujourd’hui pavillon comorien. L’opposition s’était abstenue, mais le rapport était passé par 10 voix pour, et 8 abstentions. Aujourd’hui, la multiplication des reconduites à la frontières plus de 26.405 reconduites en 2010, la grande majorité effectuées par le Maria Galant, et les difficultés que rencontrent les Comoriens pour obtenir un visa pour venir à Mayotte, font que l’activité touristique ne représente qu’une part minime du chiffre d’affaire de l’armateur. La convention qui le liait à la préfecture jusqu’en mai 2011, en revanche, lui permettait de réaliser des rentrées importantes : le prix de la reconduite d’une personne majeure était fixée à cent dix euros. Et il y en a eu un peu plus de vingt mille en 2010…

Même si quelques-unes ont été effectuées par avion, on peut néanmoins estimer à au moins deux millions d’euros la somme perçue par la SGTM à ce titre. La préfecture, elle, s’en accommodait très bien. surtout que dans la convention, aucune obligation ne lui était faite en terme d’encadrement des reconduits. Des obligations qui n’apparaissent pas plus sur le plan réglementaire : "Une extraction judiciaire (le fait, par exemple, de sortir un détenu de prison pour le présenter à un juge, ndlr) est extrêmement réglementée, en matière d’escorte, de port des menottes etc. Mais dans le cas des reconduites, ce n’est pas le cas" assure un magistrat. Le navire, pouvant transporter jusqu’à cent quatre-vingts expulsés en un voyage, partait donc sans aucune escorte policière vers Anjouan. Déroutant, mais totalement légal.
il semble donc qu’il revienne au capitaine du navire, ou le cas échéant du pilote de l’avion, de ne pas faire partir l’embarcation s’il estime que la sécurité des passagers n’est pas assurée. Pratique, pour la préfecture, qui ressort totalement blanchie de l’affaire du noyé (lire ci-contre) avant même d’avoir été inquiétée. un peu rude à encaisser, en revanche, pour Labourdère, sans lequel l’etat n’aurait jamais pu atteindre ses chers quotas d’expulsions qu’il se fixe chaque année. Les rotations entre Anjouan et Mayotte ont été interrompues quelques jours durant suite à la mise en détention provisoire de Labourdère et de son capitaine. officiellement, pour des raisons techniques. La lune de miel entre la SGTM et l’etat aurait-elle du plomb dans l’aile ? Selon une source très bien informée, les choses pourraient en tout cas se compliquer pour la préfecture dans un avenir proche. La convention qui lie les deux parties a expiré en mai. Depuis, la préfecture devait fonctionner par réquisitions successives pour utiliser les services du Maria Galanta, en attendant de passer un nouveau marché. Mais l’affaire du noyé est passée par là. Notre source croit savoir que si Laboudère entend de nouveau se porter candidat (vu les sommes en jeu, il serait très surprenant qu’il ne le fasse pas), il souhaite ajouter une close au contrat afin qu’un service d’escorte soit affecté sur le navire. N’ayant pu joindre l’armateur, nous ne pouvons confirmer cette information, qui semble néanmoins pleine de bons sens…

Lire l’article, pages 1 et 7 de la revue :

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