Un naufrage de kwassa de plus au large de Mayotte, douze morts ou disparus (16 janvier 2012)

Malango actualité, les faits ; Al Watwan, témoignage d’un rescapé
lundi 23 janvier 2012

Mayotte - Naufrage de kwassa : 3 morts et une dizaine de disparus

Malango-actualité, 18 janvier 2012, article d’Annette Lafond

Les traversées quotidiennes en kwassa-kwassa (barque Yamaha) pour rallier clandestinement Mayotte depuis les autres îles des Comores se sont de nouveau terminées par un drame lundi : un kwassa a chaviré alors que les conditions météorologiques sont mauvaises.

Des embarcations surpeuplées doublé d’une mer agitée... et c’est le drame

Une vague a couché un kwassa-kwassa qui a chaviré lundi 16 vers midi sur la barrière de corail au large d’Hamjago. Un pêcheur qui naviguait à proximité a eu le temps de récupérer 27 personnes avant de subir une avarie moteur et de dériver. La gendarmerie a été prévenue à 17h45 et a découvert sur zone les deux embarcations, dont l’une retournée. Cinq personnes ont été repêchées par la brigade nautique alors qu’elles tentaient de rejoindre l’îlot Mtsamboro à la nage, distante de plus de 5 kms.

Les recherches ont été interrompues hier mardi à 11h30 par le coordonnateur des moyens de secours, « les conditions climatiques étant défavorable à l’hélicoptère, mais la brigade nautique que nous avons envoyée a retrouvé un corps » signalait le capitaine de gendarmerie Milliasseau.

Difficile de connaître le nombre exact de personnes qui avait pris place dans la barque au départ d’Anjouan. Car les témoignages divergent chez les 32 survivants : « certains parlent de 45 passagers d’autres de 35. On peut penser qu’une dizaine de personnes sont disparues » signale la gendarmerie.

Les recherches terrestres vont prendre le relai pour repérer la présence de corps sur le rivage.


Une histoire de kwassa-kwassa : témoignage d’un rescapé

El Watwan, le journal des Comores, 23 janvier 2012 -

  • Quel est le bilan exact que vous avez observé ? Car les divers chiffres recueillis par-ci par-là ne concordent pas…

J’ai compté douze morts : trois corps ont pu être récupérés et les autres ont disparu. Il faisait sombre quand les secours se sont décidés à venir nous aider. Un nourrisson est décédé dans mes bras. J’ai quand même pu sauver sa mère ainsi que quatre autres femmes qui se noyaient. Si tous les hommes qui étaient là en avaient fait autant, il n’y aurait pas eu tout ces morts, mais peu d’entre eux acceptaient de risquer leur vie pour sauver d’autres.

  • Vous dites “quand les secours se sont décidés à venir nous aider”… Est-ce qu’ils ont mis du temps à se décider ?

Quand notre barque fut secouée et renversée par la vague, nous étions à quelque distance des côtes de Mtsamboro. J’avais d’ailleurs conseillé aux passeurs de contourner ce passage car il était dangereux, mais tous les autres passagers se sont opposés à moi : ils voulaient vite poser pieds à terre. Après le naufrage, vers seize heures, deux pêcheurs ont été les premiers à venir sur les lieux. Une heure après, un hélicoptère de la police est venu survoler l’endroit, sans rien faire de plus. Il est reparti, pour revenir une heure après, quand le crépuscule était déjà tombé. Un des leurs, un blanc, a été particulièrement brutal avec nous. Il a ordonné à tout le monde de se lever, même ceux qui n’en pouvaient plus. Il a d’ailleurs flanqué une raclée à un homme qui ne pouvait pas se lever.

  • Vous avez été ensuite tous reconduits à Anjouan, même les blessés ?

Non. Les trois passeurs ont été arrêtés et trois femmes dont l’état de santé est jugé mauvais sont restées.

  • Qu’est-ce qui peut décider un homme à prendre un kwassa en cette période de mer agitée ?

Nous avons pris notre départ à Marahare lundi à l’aube, à bord de deux vedettes. La mer n’était pas agitée. Mais en cours de chemin, les passeurs ont débarqué les passagers de l’une des vedettes pour les embarquer dans la nôtre. Nous sommes donc devenus quarante-cinq au lieu d’une vingtaine seulement. Cette surcharge, ajoutée à l’état de la mer sur les côtes mahoraise ce jour-là, ont été sans doute la cause du naufrage.

  • Et à votre retour ici à Anjouan, vous avez eu affaire avec l’autorité ?

Nous n’avons eu affaire avec personne, à part vous. Aucune autorité ne s’est intéressée à ce qu’il s’est passé. D’ailleurs ces gouvernants sont les premiers responsables de ces pertes humaines : ils nous laissent tomber, le pays est dévoré par la corruption et le manque de perspective d’avenir… Comment veulent-ils ensuite nous retenir ici ?

  • Mansour Kamardine (un élu mahorais, ndlr) avait dit un jour que les actes d’état civil comorien sont des chiffons. Pourquoi de pareils propos ne donnent pas honte à nos gouvernants ? Et malgré ce que vous venez de vivre, vous vous voyez donc prêt à recommencer ?

Je fais la navette entre Anjouan et Mayotte à bord de kwasa depuis 2003. J’ai ma famille là-bas et c’est là-bas que j’ai construit ma vie. A chaque fois je suis reconduit et à chaque fois j’y retourne. C’est dire que ce n’est pas ma dernière traversée.

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