Violences policières au CRA de Mayotte - deux policiers condamnés

Selon Malango actualité et selon les indigné.e.s de Mayotte
mercredi 25 janvier 2012

Mayotte - « Un public venu assister à la chute de policiers ! »

Extrait d’un article d’Anette Lafond paru dans Malango actualité le 25 janvier
http:www.malango-actualite.fr

  • S’abonner à Malango actualité est un bon moyen de suivre l’actualité mahoraise !

A la barre, jugés en comparution immédiate, les deux policiers « îliens » ou locaux, de la Police aux frontières (PAF). Le principal auteur des coups, M., s’il avait nié au début de l’enquête, avoue maintenant ouvertement avoir frappé cette jeune femme de passage au Centre de Rétention administrative (CRA) avec une matraque, et devant la salle de transit, c’est à dire devant plusieurs témoins. Il est difficile de savoir à l’audition si son collègue D. a eu connaissance des coups ou pas.

Le CRA ou la bouilloire comoro-mahoraise

« Les faits sont extrêmement graves, les bleus sur le corps sont incroyables ! » dénonce la vice-procureur Hélène Bigot dans son réquisitoire, en ne croyant pas une seconde que D. n’ait pu être au courant des faits alors que « M. revient avec la chemise déchirée et lui avoue “avoir pété les plombs et donné des coups de matraque”. Il n’a rien dit, c’est une complicité caractérisée ! ».

Toujours selon la procureur, D. aurait avoué avoir tenu des propos racistes, qu’il justifie par le « désamour dont il fait l’objet de la part de la population comorienne du CRA ». C’est bien un des problèmes de ce procès, liée encore une fois à cette position géopolitique infernale de Mayotte : des mahorais, policiers en l’occurrence, mais une population en général, qui s’offusque de la présence de ’’clandestins’’ sur l’île, qui doit les chasser lorsqu’il s’agit de policiers, alors qu’ils reconnaissent au fond que ce sont leurs cousins, leurs frères. Cette dichotomie affective apparaît difficilement vivable et viable…

« Chacun doit mesurer la violence délibérée au sein du CRA » signalait d’ailleurs Hélène Bigot qui rajoutait qu’il s’agissait là de violences avec armes par personnes détentrices de l’autorité publique par fonctionnaires de police assermentés. Peine maximale encourue : « 5 ans de prison »… « Je ne veux malgré tout pas stigmatiser la PAF à cause du comportement de deux individus, mais il faut souligner que les moyens mis à disposition ne sont pas en adéquation avec les besoins ». La procureur demandait 6 à 8 mois de prison avec sursis et une interdiction d’exercer pendant 1 an.


Violences policières condamnées ! Appel à Vigilance Citoyenne

Le 25 janvier 2012 à l’initiative des IndignéEs de Mayotte, un rassemblement pacifique a été organisé devant le tribunal correctionnel de Mamoudzou à l’occasion de la comparution immédiate de deux policiers du Centre de Rétention Administrative (CRA) poursuivis pour avoir battu une femme à l’aide de leur matraque.

Rappel des faits : le 5 janvier, une jeune femme retenue au CRA de Pamandzi interpellait les Policiers de l’Air et des Frontières (PAF) pour qu’ils agissent en faveur d’un vieux monsieur handicapé. Un premier agent de la PAF énervé s’en prend à elle, l’étrangle et la frappe, puis un deuxième la sort de la cellule réservée aux femmes, l’enferme seule dans « la salle de transit » et lui assène de nombreux coups de matraques. Les hématomes constatés sur la victime dépassent pour certains les 15cm de diamètre !

C’est devant une salle d’audience pleine que les juges ont écouté pendant près de 3h les récits contradictoires des deux policiers face à leur victime. Dès l’ouverture de ce procès, les magistrats ont soulevé l’ampleur médiatique de ce dossier et ont appelé au calme pendant l’audience, bien conscients de la pression populaire. A plusieurs reprises, ils ont rappelé que les policiers se devaient d’avoir un comportement irréprochable. Le président a manifesté son dégoût face aux dérives constatées des deux agents : les violences physiques abusives et les propos racistes ne sauraient être tolérées.

Verdict : les 2 agents de la PAF sont condamnés à 6 mois de prison avec sursis, 6 mois de suspension de travail et à verser 1000 euros à la victime. Nous, les IndignéEs, sommes satisfaitEs d’avoir pu constater que cette fois Justice soit faite, en respect du principe de séparation des pouvoirs de l’Etat, séparation essentielle au bon déroulement de la démocratie. Nous déplorons la rareté de ces procès et invitons touTEs les habitantEs de Mayotte à dénoncer tout manquement à leurs droits fondamentaux. Nous pensons aujourd’hui à toutes celles et ceux qui n’ont pas la possibilité de porter plainte suite à de tels abus (personnes expulsées, victimes de pressions policières…).

Notre rassemblement portait aussi sur les violences policières en général. Nous souhaitions rappeler entre autres la répression inadaptée lors du mouvement contre la vie chère (flashballs, lacrymos, chars anti-émeutes), ainsi que l’illégalité des contrôles d’identité réalisés la nuit, au domicile des personnes, ou dans les véhicules...
Ces procès sont rares alors que les faits à l’origine sont réguliers à Mayotte ! C’est pourquoi nous avons multiplié les interventions médiatiques afin de mettre en lumière cette affaire.
Lors du rassemblement, nous avons choisi de relire certains articles du Code de Déontologie de la police nationale contenant des principes si souvent bafoués :
Art. 1er. - La police nationale concourt, sur l’ensemble du territoire, à la garantie des libertés et à la défense des institutions de la République, au maintien de la paix et de l’ordre publics et à la protection des personnes et des biens.
Art. 2. - La police nationale s’acquitte de ses missions dans le respect de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, de la Constitution, des conventions internationales et des lois.
Art. 7. - Le fonctionnaire de la police nationale (…) a le respect absolu des personnes, quelles que soient leur nationalité ou leurs origines, leur condition sociale ou leurs convictions politiques, religieuses ou philosophiques.
Art. 10. - Toute personne appréhendée est placée sous la responsabilité et la protection de la police ; elle ne doit subir, de la part des fonctionnaires de police ou de tiers, aucune violence ni aucun traitement inhumain ou dégradant.

Pendant toute la durée du rassemblement, les passants et les automobilistes ont fait un bon accueil aux messages et aux interventions du collectif appelant à une vigilance citoyenne du fonctionnement de nos institutions : Mayotte département : à quand le droit pour tous ? Vigilance citoyenne ! Pas de justice, pas de Paix !

Le collectif des IndignéEs de Mayotte poursuivra ses actions de vigilance citoyenne face aux injustices encore trop présentes sur l’île ! Nous appelons touTEs les habitantEs à rester vigilantEs, à surveiller tous les agissements douteux des forces de l’ordre, à les observer, les rapporter, les photographier ou les filmer.
Nous invitons toute personne intéressée à venir participer à nos prochaines réunions ou actions collectives.

Les IndignéEs de Mayotte
indignés976@gmail.com