Mouvement collectif de détenus dans la prison de Remire-Montjoly en Guyane

samedi 18 juillet 2015

AFP - Cayenne, 19 juin 2015
Guyane : deux mouvements de protestation de détenus en deux jours au centre pénitentiaire

La seule prison de Guyane, le centre pénitentiaire de Rémire-Montjoly (10 km de Cayenne) a connu deux mouvements de protestation de détenus en deux jours, mardi et jeudi, alors qu’un mouvement social suivi par une partie des surveillants prenait fin mardi.

Selon la préfecture, à l’issue de la promenade jeudi, 189 détenus ont refusé de regagner leur cellule. Le mouvement a duré "environ 4 heures", a déclaré vendredi à l’AFP le procureur de la République Ivan Auriel, qui l’a qualifié de "mutinerie".
"Quatre détenus ont été placés en garde à vue. Deux pour rébellion caractérisée : ils ont opposé un refus énergique aux gendarmes de regagner
leur cellule. (...) Deux personnes pour des violences entre détenus". Les
quatre étaient toujours en garde à vue vendredi.

De source proche de l’affaire, les détenus n’étaient "pas tous d’accord
> avec ce mouvement" d’où des altercations entre eux.
Une "lettre ouverte" des détenus avait été transmise à la presse par la
Ligue des droits de l’homme, dans laquelle ils se plaignent notamment de
problèmes d’hygiène dans les cellules.
La principale revendication est "une amélioration des conditions de vie et la demande d’avoir des activités au centre pénitentiaire où il n’y a pas de travail", a indiqué le procureur.
Le centre pénitentiaire de Guyane est l’un des rares en France où "les
entreprises ne viennent pas", a souligné Ivan Auriel, pour qui "dans une
région où il y a 50% de chômeurs chez les jeunes, ça peut se comprendre".

Mardi, un peu plus de 70 détenus d’un autre quartier du centre pénitentiaire avaient entamé un mouvement de protestation de plusieurs heures dénonçant un problème d’acheminement "des cantines".
Des matelas avaient été brûlés et des luminaires dégradés mais il avait été
convenu au cours de négociations entre les protestataires et les autorités de
> ne pas entamer de poursuite dans la mesure où il n’y avait pas d’affrontements.


Mouvement collectif de détenus à Remire-Montjoly : "Nous ne voulons pas de violences. Juste manifester pacifiquement notre désespoir"

Article de l’OIP

Les prisons d’outre-mer sont au bord de l’explosion. En un mois, des mouvements de détenus ont éclaté en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie, en Martinique et en Guyane. Ces prisons cristallisent les problèmes constatés ailleurs en France : surpopulation endémique, défaut d’entretien de locaux délabrés, manque d’activité et de travail, violence, atteintes à leurs droits et leur dignité.

Cette semaine, dans la prison la plus surpeuplée de France, Faa-Nuutania (402% de taux d’occupation au quartier maison d’arrêt) quatre détenus se hissaient sur une corniche du bâtiment, pour dénoncer leurs conditions de détention. Le même jour, mardi, ce sont 74 détenus du quartier centre de détention de Remire-Montjoly, en Guyane, qui refusaient de regagner leurs cellules. Le mouvement a éclaté suite à la non-livraison de leurs produits de cantines. A bout, ils dénonçaient le rationnement, le manque de travail et d’activités. Si une négociation avec la direction a mis fin à la révolte, nous apprenons qu’aujourd’hui, un nouveau mouvement est en cours dans cet établissement, cette fois au quartier maison d’arrêt.

Depuis ce quartier sur-occupé avec 422 détenus pour 310 places (un taux d’occupation de 136%), les détenus nous ont fait parvenir un courrier, consultable en intégralité (18 juin 2015).
Ils y décrivent des conditions de vie "déplorables, insupportables", ainsi que des relations tendues avec certains personnels de surveillance, accusés de monter les prisonniers les uns contre les autres et d’abuser des fouilles intégrales. Les détenus dénoncent également l’état d’insalubrité de la prison et de leurs cellules, photos à l’appui. A les consulter, on est bien loin de "l’hôtel 4 étoiles" que certains imaginent trouver derrière les murs des prisons. Les détenus détaillent, évoquant la "vermine" présente dans l’établissement, des draps changés "toutes les trois semaines", des produits de première nécessité "distribués trimestriellement", des repas "immangeables" qui conduisent à de "fréquentes intoxications alimentaires". Plus loin, ils évoquent les humiliations subies aux parloirs, la longue attente pour une consultation médicale.
La lettre se conclut par un appel à l’aide et ces mots, "nous ne voulons pas de violences. Juste manifester pacifiquement notre désespoir."


Lettre de l’OIP à Madame Isabelle Gorce, directrice de l’administration pénitentiaire, sur les décisions que cette direction entend prendre - et dans quels délais - sur les conditions de la détention dans le centre pénitentiaire de Rémire-Montjoly (26 juin 2015)